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L ' E S T E R E L , AGAY,  LE  CAP  ROUX,  ETC.                              11

                  là  encore,  à  la  pointe  de  l'Aiguille,  que  le  pont  de
                  Gardanne,  bien  curieuse  arcade,                    ou  caverne  double,
                  du  porphyre,  s'est  vu  combler  en  1894  par  les  dé-

                 bris  d'exploitation              d'une  carrière           ouverte  dans  la
                 falaise  voisine  pour  la  construction  des  nouvelles
                 jetées  de  Cannes  :  il  faut  regretter  la perle  de  cette
                 bizarrerie  naturelle,             que  l'on  ne  pouvait  visiter  sans

                 un  bateau.
                     Heureusement  que,  malgré  leur  proximité  des  ca-
                 ravansérails,  non  moins                 mondains  que  curatifs,  où,

                 de  tous  pays,  on  accourt  chercher  à  la fois  plaisir  et
                 santé,  le  cap  Roux  et  ses  voisins  ont  conservé  jus-
                  qu'à  présent  la  fière  sauvagerie  qui  les                   laisse  dignes
                 des  vrais  amis  de  la  nature.

                     Pour  ceux  auxquels  ne  suffit  pas,  comme  jadis  à
                 Alphonse  Karr,  solitaire  en  sa maison close de  Saint-
                 Raphaël,  la  douce  philosophie  rêvante  et                           la  pleine

                 communion  avec les  merveilles  de la nature, l'Esterel
                 se  recommande  par  un  autre  titre  tout  nouveau.
                 Quand,  durant l'hiver  1877-78,  l'auteur  de  ces  lignes
                 se  mit à  errer  pour  la  première                  fois  dans  les  replis

                 ombreux de  ses  frais  vallons,                  sur  les  croupes  puis-
                 santes  de  ses  roches  flamboyantes,  ni  chemins  ni
                 routes  ne  sillonnaient  les  rudes  éboulis  de  ses  cla-

                 piers  et  ses  odorants  maquis  épineux  de  romarins,
                 bruyères  et lentisques.               Seul  un  médiocre  sentier  de
                 douaniers  longeait  la  côte,  fort  incommodément  bou-
                 leversé  par  les  travaux  du  chemin  de  fer;  seul  le
                 tracé  de l'ancienne route  romaine,  la voie  Aurélienne,

                 passait,  assez  mal  conservé  et  facile  à  perdre,  der-
                 rière  le  massif  presque              impénétrable  du  cap  Roux.
                 Pour surprendre,  au  réveil  du  printemps,  l'épanouis-

                 sement des  chatoyants  iris  sauvages et  des  onduleuses
                 tiges  d'asphodèles,               sur  les  chaudes  terrasses                   de
                 cailloutis  porphyriques,                —  pour  respirer  les  hum-
                 bles  violettes  embaumant  le  revers  des                       mousses,  —

                 pour  admirer  au  sommet  des  belvédères  les  dioramas
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