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10                         LE  TRAYAS              (VAR)


                 leurs  clapiers      1   et  les  chevaux  de         frise  de  leurs  buis-
                  sons;  de  même  pour  aller  du  Trayas  au  mont  Vinai-
                 gre  par la  grotte  de           l'Ours      et  la  Serrière         des  C e r i -
                  siers,     à  travers       pierrailles        et  fourrés,         par-dessus
                 six  crêtes       et  au  fond  de  cinq  ravins  successifs,  dont

                 les  hauts  et  les  bas  donnaient  à  la  courbe  figurative
                 de  la  marche  l'aspect  du  diagramme  d'une  ascension
                 aérostatique  très  mouvementée,                      sans  compter  le  re-

                 tour  à  pied  à Cannes,  par  la grande  route  de  Fréjus,
                 faute  de  stations  de  chemin  de  fer  à  la  Napoule                        et  à
                 la  Bocca  :  soit 45 kilomètres,  dont  25                     de  zigzags  en
                 montagne          sans  chemins.           Oh!  non,  l'Esterel             n'était

                 alors  guère  connu, et l'on ne  pouvait  s'y risquer  sans
                 une  alpiniste  paire  de  jambes                  et  un  tout  particulier
                 flair  de  l'orientation.

                     Mais  depuis  peu  d'années,                quel  changement!
                     Avant  même  que             M.  Muterse          entreprît  l'excellent
                 aménagement             dont  il  sera  question                plus  loin,        la

                 Compagnie            Paris-Lyon-Méditerranée                     a  ouvert  des
                 stations       à  la  Bocca,         la  Napoule         et  Théoule.           Aux
                 deux      extrémités          du  massif,         Théoule         au  nord-est
                 et  Agay  au  sud-ouest               ne  sont  plus  de  simples  pos-

                 tes  de  douaniers              :  tout  un  village            de  plaisance,
                 vraie  banlieue  de  Cannes,                s'est  élevé  à  Théoule;  sur
                 les  pentes  de  la  montagne  qui  porte  ce  nom  s'étagent
                 aujourd'hui  quelques  dizaines  de  villas;  à  côté                         de  la

                 caserne  des  douaniers,                dans  le  plus  bel  endroit              du
                 chemin  qui  mène  de  Théoule  au  Trayas,                        en  face  des
                 Alpes,       de  Nice  et      des  îles  de  Lérins,  un  prêtre  (le
                 P.  Virgile)  a        créé  pour  ses  confrères  âgés                  et  infir-

                 mes  une  sorte  de  sanatorium                  composé        de  nombreux
                 bâtiments  :        excellente  et  louable  conception  philan-
                 thropique         assurément,           mais  désastreux             effet  pour
                 le  pittoresque,  jadis  accompli,  du point  de  vue;  c'est



                    1.  Grandes  coulées  de pierres  éboulées,  descendant le long
                 des  pentes  de la montagne  et produites  par la lente  démolition
                 des porphyres  sous l'action  des  intempéries.
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